Ils sont méchants avec nous

26 janv. 2015

La semaine dernière, vous avez décidé que je vous parlerai de : Mééééé, les séries elles sont méchantes avec moi ou Le triste sort des autres. C'était peut-être le titre le plus clair, mais comme il est trompeur et que le contenu est très bordélique, je vous mets une photo de bébé mammouth pour compenser :
http://www.musee-prehistoire-idf.fr/au-temps-des-mammouths
Prrrouuuuuuuuuuuuuuuuuh

Et donc. J'avais rien fait de mal, j'étais la bienveillance incarnée, je m'occupais des hiboux et je lançais innocemment le 1er épisode de Primeval. Et là, avec brutalité et douleur, je découvre le personnage de Connor :

Connor est un... un cliché du geek-dans-les-medias je crois. Il a donc un air ahuri, il est maladroit-bêta, il est inadapté socialement, il est crédule, immature, pro théorie du complot et les aliens et tout ça, il jure sur la tête de Luke Skywalker, il sait pas faire la vaisselle, il sait pas sortir avec les filles-c'est-compliqué et il joue à Oblivion comme si sa vie en dépendait. Bref, en gros (je ne suis pas retournée voir, je vous fais ça de tête^^).
Bien sûr que par la suite, il commettra des actes héroïques et fera de super trucs, mais rassurez-vous, il fera ça en restant maladroit, élément comique et lourdeaud.

[NB : je ne rentre pas dans le débat du qu'est-ce qu'un (vrai/faux) geek, c'est... c'est lourd. Bien sûr qu'entre votre cousin nerd qui dit qu'il n'est pas geek, votre collègue qui joue beaucoup à candycrush et qui vous dit que c'est une vraie geek mais qui disait déjà ça quand elle était ado parce qu'elle passait ses nuits sur msn, ou votre voisine qui n'est "pas une geek (c'est sale) mais est une geek des séries" (oui, oui, c'est n'imp' mais ça se dit), c'est sûr, c'est compliqué. Le sens a pas mal évolué tout ça. Ici, je reste juste dans la vague définition qui fait qu'on peut nommer un festival "Geekopolis" par exemple : l'idée d'une culture sf-fantastique-jeux vidéos un peu en marge de la principale.]

Donc. Connor. Si Connor était un cas unique, ça irait. Mais je ne crois pas avoir jamais vu un geek dans une série, un film, ou un livre, qui soit "normal". Normal au sens : adapté socialement, équilibré, adulte, pas boulet, capable d'échanger avec quelqu'un comme tout un chacun. Genre vous tombez dessus dans un magasin, pendant un cours, ou au boulot, vous lui parlez, et vous ne savez même pas que... en fait... c'est un geek.

Tous les geek, nerds, gamers and co. que je connais sont machiavéliquement cachés dans la masse : avocats, plombiers, développeurs, professeurs de fac, agents ratp, comptables, banquiers, vendeurs en électro-ménager... ils sont là, parmi vous, et vous ne le savez pas. Vous ignorez qu'ils passent leur week-end à télécharger des jeux sur steam parce que, perfides, ils ne vous en parlent pas. Vous ne savez pas que "ce ne sont que des gamins" car ils se conduisent en adultes. Vous ne savez pas s'ils sont plutôt sf ou fantasy parce que, sournoisement, ils ne jurent jamais sur la tête de Gandalf et sont capables de passer toute leur vie sans débattre avec vous de l'intérêt de Jar jar Binks.

Quand une dure épreuve vous attend et qu'ils sont à vos côtés, ils ne citent ni Yoda ni Obi-wan Kenobi et vous rassurent avec des paroles banales. Jamais ils ne se mettent à crier hadoken dans la rue, et au quotidien ils sont capables de parler à des gens, d'être en couple, d'avoir une vie de famille ou même de faire du sport. Quand vous les croisez à la Japan Expo, vous passez devant sans les reconnaître car, pour vous qui accompagnez votre petit neveu c'est impensable que votre chirgurgien-dentiste ou votre notaire soit présent. Nous sommes là, et vous ne le savez pas.

 Comment ça vous n'avez pas reconnu votre assistante juridique ?

Et, quand je vous ouvre la porte de chez moi, que vous vous croyez à l'abri, chaleureusement accueillis avec une tasse de thé au lotus et des petits nougats chinois pour discuter de comment va la vie, doucement mais sûrement, vous commencez à douter. Là, le murloc derrière vous. Ici le mameshiba qui vous tend les bras. Là-haut, l'assassin qui vous menace de sa lame. Vous remarquez que ce que vous aviez pris pour une étagère de films abrite de perfides jeux vidéo. Quant à ces livres, de loin innocents, leurs titres vous font frémir... comment et pourquoi ? Dans ce silence gêné, un croiseur intestellaire en légo, en équilibre sur une boîte de jeu Marvel, s'écrase sur le presse-papier Minas Tirith.

Vous levez alors ce regard plein d'effroi et d'incrédulité, et vous murmurez :
"Mais... t'es une geek en fait ?
Sur le ton de la confidence, sachant qu'on nous écoute, lançant vite une chanson de Patrick Sébastien sur youtube et montant le son, je me penche vers vous et vous dis :
"Les médias... ils nous mentent."

C'est une situation vécue. Mais j'avais aussi le choix de me mettre à faire ça pour vous rassurer :
On est bien tous des cas, rassurez-vous, je faisais semblant d'être normale.

N'empêche. Si on appliquait aux personnages mainstream le même traitement que celui qu'on applique aux personnages issus des cultures dites alternatives, ça donnerait une sacrée bande des tarés. Vous imaginez, Bella dans Twilight mais qui ne jure que par sa lessive et implore l'aide des soeurs Brontë avant chaque devoir de littérature et qui se demande toujours, à haute voix et frénétiquement, peu importe le contexte, ce que Fanny Price aurait fait à sa place ?

Ceci dit, les personnages mainstream ne sont pas forcément mieux traités. Parfois ils sont tellement bien nettoyés, et rendus neutres de tout élément risquant de trop les personnaliser, qu'il ne reste plus rien. N'ayant pour seules caractéristiques que celles validées par la société majoritaire, ils avancent, interchangeables, avant qu'une nouvelle société avec ses nouvelles valeurs ne les rendent has been. C'est trop triste, pour eux aussi j'ai une petite pensée.

De toute façon, entre populaire ou ignominieux, la frontière devient facilement floue. Vu qu'un truc génial, nul, emblématique, subversif ou populaire, peut changer de statut les années suivantes, genrea java ça vient de sortir alors c'est TROP subversif, ou la java c'est nul, c'est un truc de vieux. Games of Thrones tant que c'est qu'un livre c'est pour les débiles (par contamination avec "la fantasy c'est pour les débiles"), ou Games of Thrones c'est la série dont tout le monde parle, du collège au boulot...... et peut-être qu'un jour le football deviendra un truc underground et la majorité des gens penseront ça :

Et il y aura des hurlements dans la rue la nuit et des klaxons, mais uniquement lors des matchs d'échecs. Par exemple.

Ce serait compliqué de définir "geek", mais ça le serait tout autant de définir "culture populaire" ou majoritaire, vu toutes les autres cultures qui existent en réalité, se créant suivant les lieux, les quartiers, les générations, et qui se mélangent à une vague norme médiatisée ou s'en détachent le plus possible, tout en recréant finalement une nouvelle "norme" et ainsi de suite... Bon c'est pas clair. L'idée c'est que malgré tout, j'ai le sentiment qu'une forme de vision majoritaire (de ce qu'est qq de bien/populaire, de ce qu'est un garçon, une fille, un mec cool ou un looser etc) existe globalement (via un procédé multiple) et se diffuse principalement via les médias. Avec souvent quand même l'idée que "Tant que y'a pas assez de monde qui en a ou qui connaît, c'est que c'est nul, sauf si c'est de l'argent."

Les ordi, c'était nul quand c'était rare, c'était l'accessoire du geek-looser. Maintenant, c'est plutôt ne pas avoir de smartphone qui loosifie (même si au final, leur utilisation principale revient à faire du social). La fantasy, sous-branche pas assez exploitée, était forcément décriées. Avec une série de films sur les bouquins de Tolkien, et par-dessus une couche de série tv Games of thrones, on la rend normale et du coup, finalement... ça devient ok. Ça tient à peu de choses, mais toujours il y a le rôle des medias. Un peu moins qu'à l'époque où il n'y avait que le cinéma et la télé pour dire ce qui était la norme, mais quand même.

Alors, avec Internet et tout, ça devrait devenir de plus en plus difficile de donner cette image caricaturale et improbable du geek moyen forcément naze, immature, fou et déconnecté de tout à cause de ses goûts trop bizarres, nop ? Je sais pas moi, si le fait d'aimer "jouer" fait de chaque joueur un gamin irresponsable, sachant que le sport est un jeu (et d'une certaine façon la politique, et le commerce, l'économie et... bref)... bon.
 C'est leur côté enfantin qui s'exprime.

Quand j'ai pris Lynn et Benjamin pour personnages principaux de Damien Loch, j'ai même pas cherché à faire un acte engagé genre : "Ouiii mettons enfin des geeks qui soient non seulement des personnages principaux et non plus des faire-valoir, mais surtout, qui ne soient pas des débiles, har-harr-haaaarrrr, à moi l'originalité". En fait, j'ai juste pris des gens avec une culture et des références que je connais, parce que c'est plus simple pour moi. Ouais hein... le flemme me suivra toute ma vie. Mais bref.
Les persos ne sont pas pour autant devenus des idiots frénétiques. Parce que ce qu'ils aiment et ce qu'ils sont restent deux choses différentes. Ils peuvent apprécier Harry Potter sans vénérer pour autant des idoles de Dumbledore, et ils peuvent faire des blagues au 2nd degré sur une oeuvre de fiction qu'ils aiment au lieu de, sincèrement, en respecter les codes moraux ou l'invoquer avant chaque action décisive. Comme des gens normaux.

Enfin bref.

Parce que ce n'était pas suffisant, et que les températures ont baissé, Primeval a décidé d'en rajouter une couche. Alors que j'avais fait comme si j'avais pas vu Connor, et poursuivi les épisodes l'air de rien, il y a eu cette scène où, avec sa collègue Abby, ils ont parlé techniques de séduction, tout ça.

On va passer sur le fait qu’apparemment, il faut prendre des leçons pour approcher la créature féminine et savoir comment se comporter avec elle tellement elle n'est pas comme nous (elle est fabriquée dans des cuves spéciales à base de produits venus de loin tout ça tout ça), parce que sinon on n'est pas rendus.

"Une fille, c'est superficiel et ça fait pas caca tu comprends."

Avec un premier degré inquiétant, Abby lui dit :
"Je suis une fille dans un bar. Dis-moi que je suis jolie."
 ... bon, soit, dans un bar, on remarque d'abord l'apparence des autres donc bon. Mais au cas où on n'aurait pas compris le message caché des scénaristes elle rajoute :
"Fais des compliments, surtout sur l'aspect physique !"

Que la flatterie soit une technique qui marche souvent pour obtenir à peu près tout et n'importe quoi, je veux bien. Qu'on m'explique à demi-mots qu'une fille c'est avant tout un joli objet tellement superficiel que ça adore qu'on le lui dise, ça me laisse perplexe (et il me semble qu'elles sont plusieurs à trouver ça très lourd comme approche) mais bref. C'est peut-être moi qui déconne. Pourquoi pas, lançons nous au hasard sur les gens et tentons notre chance, espérons que par magie on s'entendra avec cette personne ou pas en fait vu qu'on s'en fout finalement comme on le verra par la suite.

Je tiens donc le coup sans réagir et là, Connor se met à vouloir échanger avec sa cible imaginaire et il lui parle de héros de comics. Abby est exaspérée car c'est ringard et surtout : "Les comics ça n'intéressent pas les filles le moins du monde bon sang ! Tu dois t'intéresser aux trucs de filles !" Après ça, Connor fait remarquer qu'il parle bien à Abby alors qu'elle est une fille donc que ça va, c'est pas si désespéré que ça, et elle lui signale qu'ils sont amis, c'est pas pareil !

À ce stade, mes yeux saignaient (du sang de licorne j'imagine). Je n'avais pas encore vu la saison 2 où Connor veut choisir un film d'horreur pour regarder avec Abby et qu'elle dit que aaah mais noooon, "pas de sf, pas de fantastique, pas d'action, pas d'aventure... prends une comédie romantique."

Voilà voilà... outre que y'en a une qui va être contente si jamais elle découvre la série :
"J'étais ravie qu'ils pensent comme toi Abby. Ravie."

...le mélange passablement absurde de "sois hypocrite dans une relation (de toute façon le but est pas d'aller jusqu'à l'amitié. Encore moins de commencer par là)" + "reste bien superficiel surtout" + "ah, et n'oublie pas d'être sexiste hein, surtout. Allez, bonne chance !" le tout servi par le personnage féminin de l'histoire, c'est curieux.
Là encore, ce ne serait que Primeval qui s'y colle mais ce genre de discours ou mentalité, c'est tellement courant dans les séries que c'est à croire qu'elles font exprès pour être méchantes avec nous, les "autres". Comme ça, on n'a pas seulement un triste sort quand on échoue comme personnages de série, on en a un aussi en tant que spectateur.

Je ne vois pas d'autre explication.

Grand vote avec au moins 1 participant

19 janv. 2015

Allez ! Le prochain article, c'est vous qui décidez de quoi il parlera parmi cette liste énigmatique de propositions :


1) "Mais c'est TOUA !!" ou Arrêtez de rendre triste Elyra.
2) "Ouais... oh, non" ou Le syndrome d'osef.
3) "Une callaïde d'or chez un géomancien ?" ou Les mystères de la confrérie de l'imaginaire.
4) "Mééééé, les séries elles sont méchantes avec moi" ou Le triste sort des autres.
5)"Trop, c'est trop !" "Novembre est dans la cuisine" ou Les dialogues de la vraie vie contre la règle qui fait peur.
6) Des p'tits rien lochiens ou Ce que vous avez toujours voulu ne pas savoir.

Je vous laisse voter en commentaires ;)

Intermède duveteux

12 janv. 2015

Alors, cette histoire de rembourrer des hiboux.

 
"Hou-hou je suis ta némésis."
C'était Noël, la saison des 3 réveillons par semaine et des trop nombreux cadeaux. Aussi, par radinerie j'ai pensé : "Tiens, plutôt que d'acheter des cadeaux je pourrais les faire moi-même. Comme quand on avait 5 ans et qu'on faisait des dessins. Et je ferai passer ça pour un sacré don de soi, une oeuvre artistique, tout ça. Allez, je vais faire plein de hiboux de Trey, mais en en plus petits et avec des yeux rigolos, ça sera plus choupi."

Ou j'ai peut-être juste pensé : "C'est mignon un pitit-doudou-hibou avec des yeux fous, je vais faire ça."

Parce que sinon, c'est un très mauvais calcul (une fois oubliée la pile tissus-fils-feutrines nécessaire, il reste la pile d'aller-retours machine/fer à repasser, et celle des prises de tête à chaque fois que le point de couture dévie et sortde la feutrine ou de l'angle trop petit, car oui, coudre en arrondi, sur des trucs tous petits, c'est une idée à la con).

Si vous êtes radin, faites plutôt des origami avec des catalogues de supermarché.

Pendant plusieurs semaines j'ai répété machinalement (6 ou 7 fois par jour) "Houhou hibou !" en brandissant avec fierté mes patchwork informes, à la grande joie de mon entourage sans doute. Heureusement, The Librarians et Primeval étaient là pour m'aider et faire passer plus vite le temps
  
1 par demi-épisode.


Plus que 10... Youpi...

Et enfin mon armée était prête.
"We are Legion"

C'était finalement un bon plan vu que tout le monde m'a envoyé sa photo de hibou(x) installé(s) dans sa/leur famille d'accueil.

"Nous avons conquis la chaise. Demain, le monde."

"Cette tête de lit est maintenant nôtre. Hou-houuuu"

"Je ne connais pas les frontières. Aujourd'hui Vienne, et demain, toute l'Autriche sera à moi."


Et vous avez même gagné une fantastique aventure créée par Anne (oui, la seule et l'unique, sans qui Damien Loch, et Lynn surtout, n'auraient jamais vu le jour. Eh ouais, la classe tout ça.) :

- Frodo and the Balrog -
 C'est vrai que les chiens ont un truc avec les hiboux :
"Enemy spotted, enemy spotted. Houhou"

Voilà, c'est pas ma meilleure amie pour rien. Nudge-nudge. Wink-wink.

Et maintenant, je peux reprendre le cours d'une existence normale.


Thermostat 6-10

4 janv. 2015

L'autre soir, je regardais innocemment le pilote de The librarians en rembourrant des hiboux (je vous expliquerai plus tard).

Une enveloppe est glissée sous la porte de l'héroïne, Eve Baird, qui l'ouvre et découvre une carte présentant juste un titre et une déco en bordure. Soudain, la carte se couvre d'un texte qui apparaît non seulement tout seul, mais sous forme de faisceaux lumineux (et même avec un bruitage de sabre-laser). Eve n'a aucune réaction.

Tout est normal, ce texte apparaît grâce à une formule sans doute chimique, il projette de la lumière grâce à, euh, encore la chimie sans doute. Quant au bruit de sabre-laser, j'ai pas encore trouvé mais ça doit s'expliquer.

Comme la carte convoque notre héroïne à la bibliothèque, elle s'y rend. Dans une ambiance pleine de mystères et de sous-entendus, on l'entraîne dans un ascenseur étrange et on lui parle de l'existence de la magie. Réaction d'Eve : "Hahahaha ! De la magie, et puis quoi encore, hahaha prrrfff !"(plus ou moins, je résume de tête). Même pas un petit : "Ça me semble peu crédible mais expliquez-vous, après tout, je n'ai rien trouvé sur Internet qui explique comment ma carte de toute à l'heure a pu s'illuminer toute seule..."

À ce moment, Poulpy et moi, on  soupire, et on lève la tête au ciel, tristes. Parce que c'est toujours ce genre de réaction qu'ont les gens dans les séries, souvent aussi dans les livres... Puis on se rappelle que plein de gens trouvent toujours que tel personnage accepte "trop vite" le fantastique là où nous, à chaque fois, on trouve que c'est trop long. On se demande soudain alors si notre degré d'acceptation du fantastique n'a pas un problème, s'il ne fait peut-être pas partie de la moyenne... hein Poulpy ?

Mais il y a-t-il seulement un "bon degré d'acceptation" du fantastique (le seul, l'unique, n'attendez plus, -20% tout le mois de janvier) ?


José, comptable bordelais passionné de parachutisme sort ce jeudi matin de chez Norauto. Il fait un peu frisquet, et à 9h10 il découvre que la magie existe. Pas parce qu'un type sort un lapin d'un chapeau mais parce que son portefeuille se met soudain à voler devant lui et à parler en faisant des effets de lumière digne d'un concert de ScooterJosé, sobre et sans problème mental particulier, a-t-il le droit d'y croire tout de suite ou doit-il attendre (et si oui, combien de temps) ?

Normalement ça devrait dépendre de José, de l'univers où ça se passe, des éléments mis en jeu, du contexte, des intentions du scénariste/auteur/etc, de la façon dont c'est présenté... en théorie. 

Mais bizarrement, il doit y avoir une sorte de cahier des charges qui traîne chez pas mal de scénaristes et écrivains (et chez certains professeurs de littérature un jour peut-être ?). Celui-ci semble dire que peu importe le contexte, au moment où le personnage est confronté au fantastique, il faut toujours un déni avant l'acceptation. Toujours. On peut en trouver 2, et parfois on peut avoir déni, acceptation, puis de nouveau déni. Mais on commence forcément par un déni.

Ces personnes se sont peut-être dit que voilà, comme il n'y a pas de fantastique dans notre monde, ce sera forcément plus crédible si le personnage commence par dire : "Non, non, c'est impossible !" avant de déclarer que : "Oh mais si, dis-donc, c'est possible... enfin et encore".

J'accroche pas à cette représentation de l'humain moyen. Je ne l'imagine pas du tout comme forcément cartésien et membre du cercle zététique. Je vois l'inverse en fait. Notamment parce que la majorité de la population a des croyances diverses qui n'ont rien à envier, en matière de fantastique et d'inhabituel, à un portefeuille volant et parlant. Et quand notre José y croit parce qu'il a vu le phénomène à 9h10, l'humain moyen y croit plutôt "parce qu'un type a dit un jour à un type, qu'un autre type avait dit que [insérez ici une idée fantastique de votre choix] et vu qu'au fil du temps, on est forcément plein à le dire, hein, bon, c'est que ça doit être vrai."

Alors bon, José est-il si peu crédible ?

Mais ok, il est vrai que, fort paradoxalement, on peut très bien croire en des trucs fantastiques tout en estimant qu'ils n'arriveront pas dans la vie de maintenant (ou très discrètement). On arrive à faire coexister le fait d'imaginer un truc incroyable, quelque part (loin dans le passé là-bas ailleurs), et le fait d'estimer d'abord qu'on a bu, ou qu'on hallucine, ou qu'il y a une bonne explication, quand on est confronté à de l'incroyable ici et maintenant. Parce que d'accord cahier des charges, tu as raison, le fantastique y'en a pas (ou pas qu'on sache clairement) dans notre monde et les gens des fois, les gens... Bon. Soit. Admettons.

Reste que ça me paraîtra toujours exaspérant quand un personnage comme José va fatalement faire : "Prfff, de la magie ? Hohoho n'importe quoi !" envers et contre tout, même quand il est confronté à un phénomène fantastique bien clairement hallucinant, juste là sous ses yeux.

De la magie ? Pas du tout, c'est de la science lama.

Ce scepticisme total me sort à chaque fois directement d'une histoire tant il ne me paraît pas cohérent. Alors que j'ai rien contre le scepticisme d'une manière générale, d'ailleurs quand on nous poste un article sensationnel du type :

"INCROYABLE !! Les Mayas avaient inventé la fondue savoyarde et les Atlantes maîtrisaient la fabrication des brumisateurs d'ambiance !". 

Je suis systématiquement dans le clan des briseurs de rêve qui vous disent que c'est un fake de 1960. Mais je fais ça parce que, loin d'être une sceptique aveuglément fermée, j'aimerais bien y croire (mmmh la fondue maya au bon fromage de lama), et pour pouvoir y croire, il faut que ça tienne debout. Alors je vais voir les fondations et puis tout tombe et puis je suis triste. Voilà.

Je comprendrais sans souci que José ne croit pas en l'existence du lutin Pouvier, le lutin qui fabrique toutes nos chaussettes. Parce qu'il y a des usines à chaussettes, des designer de chaussettes et qu'à moins qu'on argumente vraiment bien la chose, non, de base, une histoire au 1er degré avec le lutin Pouvier, ça passe pas.

Pour autant, je bafferais plus d'une fois José s'il se mettait à rire au nez des gens habillés de façon étrange qui ont surgi de nulle part quand son portefeuille s'est mis à voler et à parler, car ces gens lui ont dit qu'il détenait le portefeuille (acheté lors d'une brocante à un type très étrange) d'un grand sorcier disparu alors que hihihi, n'importe kwa hein, la magie ça existe pas pffffff. Nan mais José quoi, José !

Je ne sais pas où ça situe mon degré d'acceptation du fantastique. Mais en tout cas je suis persuadée qu'il n'en existe pas un seul d'unique et de correct comme le cahier des charges des scénaristes et auteurs cherche à nous le fait croire. Beware.